Lettre ouverte aux cadres

« […] quand ceux qui commandent ont perdu la honte, […] c’est justement le moment dans lequel ceux qui obéissent perdent le respect ; et c’est dans ce même moment où l’on revient de la léthargie, (…) » (Cardinal de Retz, Mémoires, 1675)

LE CHOIX DU CADRE !

Aujourd’hui, nous pensons que la place des cadres et dirigeants de proximité du Groupe Public Ferroviaire est, dans ce mouvement social, crucial.

Nous sommes conscients que les techniques agressives du management moderne, destructrices du travail et des personnes au travail – et dont Guillaume Pépy personnifie l’introduction à la SNCF depuis une vingtaine d’années – pourraient faire penser que maintenant c’est « une règle dans l’entreprise » de remplacer les grévistes et ainsi de cautionner les attaques du Gouvernement.

Chacun a le choix de ne pas faire grève, mais il faut aussi respecter les agents qui sont en grève.

Refusez de tenir les postes des grévistes.

Et lorsque vous êtes en grève, vous n’avez pas la veille à anticiper votre travail. Peut-être que certains d’entre vous rêvent de travailler dans une entreprise privée « comme une autre ». Par contre, nous sommes persuadés que la majorité d’entre vous s’oppose à cette énième « réforme » du ferroviaire, qui ne cherche même plus à faire semblant de préserver l’encadrement.

Sur l’état du système ferroviaire

Comme SUD-Rail l’a démontré dans ses deux dernières Lettre Economique (n°57 et n°58 de mars et avril 2018), l’état de maintenance du réseau, la perte de la robustesse des services ferroviaires, l’accidentologie et l’incidentologie significatives, le déclin du Fret, ainsi que l’endettement important (mais qui reste infiniment moindre que l’endettement du budget de l’Etat engendré par la maintenance et le développement du réseau routier), sont dus avant tout à la désintégration du système ferroviaire depuis 1997, personnifiée par Guillaume Pépy côté SNCF et Elisabeth Borne côté gouvernements successifs.

Cette désintégration par tous les biais (plusieurs entités, gestion par activités isolées les unes des autres, filialisations pléthoriques, externalisations, etc.), non seulement a déstructuré la logique de mutualisation des outils de production, et a fait perdre les expertises système dans les métiers, qui tenaient le tout ensemble. Mais elle a en plus engendré des coûts de transaction de 1,5 à 3 milliards par an, qui pèsent donc aujourd’hui pour 30 à 40 milliards de la dette actuelle (50 milliards).

Or le plan du Gouvernement et de Pépy ne résout rien puisqu’il maintient le système séparé (on passerait même de 3 à 4 entités avec Gare & Connexion constituée en filiale autonome). Quant au statut juridique de S.A., la première conséquence est une cotation moins bonne sur les marchés financiers et donc un renchérissement du coût de financement de la dette qui sera laissée quoi qu’il arrive dans le système.

Sur l’ouverture à la concurrence

La concurrence accentuera encore les coûts de transaction qui ne pourront que se retrouver dans les prix, les financements publics, les conditions de travail et les salaires moindres des agents. D’ailleurs, l’expérience du Fret depuis 2005 avec la baisse globale du fret ferroviaire, toutes entreprises confondues, est manifeste.

En outre, la politique des transports qui abandonne toute ambition de report modal et qui mise tout sur la route (cars « Macron » et covoiturage), ne peut engendrer qu’un dumping social très agressif pour les services ferroviaires qui resteront.

Or les directives européennes ne sont pas si inflexibles qu’on le fait croire. Des exceptions à l’obligation de concurrence peuvent être utilisées pour exiger le maintien d’un service public ferroviaire généralisé.

Sur le Statut

Le parallèle fait entre le Statut et les difficultés du GPF est grossier et particulièrement pervers de la part de ceux-là même qui sont la véritable cause des difficultés (voir les Lettre Economique n°57 et n°58 de mars et avril 2018).

La présentation du seul arrêt des embauches au Statut est mensonger également, puisque le Gouvernement entend abroger le décret homologuant le Statut, qui deviendra alors un simple accord d’entreprise, à la merci de toutes les régressions déjà annoncées par Guillaume Pépy (et dont la loi travail et les ordonnances Macron faciliteront la mise en œuvre).

Et ne nous répondez pas que vous attendez la réforme des retraites pour vous battre. Car vous ne pouvez plus ignorer que la fin des embauches au Statut, c’est aussi la mort annoncée du régime spécial de protection sociale.

Sur les transferts de personnel : l’encadrement éligible au « trou noir »

Relisez le rapport Spinetta :

« En troisième lieu, l’entreprise doit supporter des excédents d’effectifs nés de replis d’activités (comme dans le fret), d’actions de modernisation, d’introduction de nouvelles technologies, de réorganisations, tous changements que les entreprises industrielles et de service sont appelées à prendre en compte à travers une adaptation rapide de leurs effectifs. Malgré les considérables efforts de reclassements internes qu’elle a réalisés, l’entreprise subit le coût d’excédents d’effectifs qu’elle gère tant bien que mal, notamment à travers des structures dédiées de reclassement (EIM), le Statut lui interdisant de recourir à des procédures de ruptures collectives. La SNCF doit pouvoir recourir pendant deux ans à la procédure des plans de départs volontaires. Elle devrait pour cela respecter les règles prévues par le code du travail (notamment en matière de consultations des instances). Le volume des effectifs concernés pourrait sans doute être proche de 5.000 personnes (chiffre estimé à partir des effectifs des EIM et des sureffectifs supportés par certaines activités), ce qui pourrait représenter un gain de compétitivité rapide. Des efforts de reclassement externes et de formation devraient accompagner cette action. »

L’ouverture à la concurrence imposera le transfert d’emplois d’encadrement de proximité avec la suppression du statut (grille salariale, ancienneté, EVS, garanties disciplinaires, mutations…).

Pour l’encadrement qui ne serait pas transféré, et dont les postes seront supprimés du fait des « replis d’activités » des SNCF, ce sera les EIM. Et pour ceux qui ne se retrouveront pas dans les modalités d’éventuels plans de départ volontaire, ce seront les techniques de culpabilisation et mises au placard pour les faire craquer (démission… ou suicide !).

Vous devez faire un choix :

Être avec vos agents/collègues ou avec ce gouvernement arrogant ?

Les cadres et dirigeants de proximité n’ont aucun intérêt à se transformer en « petit soldat » du duo Macron/Pépy. Certains craignent pour leur carrière ? Cela tombe bien : c’est justement le combat d’une carrière que nous avons débuté le 2 avril au soir. C’est tous ensemble – au-delà de nos grades et fonctions respectives – que nous pouvons imposer nos revendications. C’est le moment d’agir, après il sera trop tard …

Vous avez été très nombreux le 22 mars en grève (presque 16% du collège cadres au niveau GPF, et jusqu’à 21% pour SNCF-Réseau). Alors rejoignez-nous dans les Assemblées Générales, et dans les actions, pour gagner ensemble !