Luttes Sociales de Novembre 2017

Edito: en 2018 préparons la résistance.

Alors que la mobilisation sur la nouvelle loi travail est loin d’être finie, même si elle prendra sûrement d’autres formes, l’année 2018 s’annonce assurément comme une année charnière.

1er janvier 2018 hausse de la CSG de 1,7 point, 1er semestre 2018 projet de loi sur la mobilité sur la base du rapport Spinetta, 1er semestre 2018 fin des régimes spéciaux. Cette année 2018 est donc charnière et si nous n’arrivons pas à relever la tête, les cheminot-e-s seront tous aligné-e-s au régime général de la Sécurité sociale, pour la plupart dans des filiales et pour les autres ce sera un transfert dans une entreprise privée. A ce rythme, le socle de notre contrat social, à savoir la caisse de prévoyance, les FC et nos conditions de travail, risque bien d’être un vieux souvenir. Voilà pourquoi nous conseillons vivement aux cheminots de mettre de l’argent de côté pour les grèves de 2018.

Lorsque l’on voit le nombre de grands dirigeants du chemin de fer se précipiter au séminaire de la CFDT cheminots du 14 décembre, on voit déjà les rapprochements s’opérer, les trahisons se tisser. SUD-Rail sera donc là afin d’apporter un peu de contradiction dans ce moment de compromission syndicat/direction.

Dans ce contexte, une question vaut la peine d’être posée : peut- on dégrader les conditions de travail des agents sans dégrader le travail effectué ? Parce que nous avons une petite idée de la réponse et parce les derniers incidents de Montparnasse doivent tous nous interpeler, SUD-Rail fera de l’année 2018 l’année de tous les combats, la mère de toutes les batailles, nous mettrons toute notre énergie dans la lutte afin de défendre : l’unité de la SNCF, de préserver notre statut, de sauver la caisse de prévoyance, de maintenir nos conditions de travail.

Création d’un établissement traction TGV Sud Est et d’un établissement Ouigo.

Au CER Rhône-Alpes, devait être présentée la création d’un établissement traction TGV Sud Est. Devait, car le dépôt de DCI unitaire à Paris et Lyon, avant les fêtes, aura fait miraculeusement retirer le point à l’ordre du jour du CE Rhône Alpes. Parallèlement, un établissement Ouigo devrait être créé sur la région de Lyon. Au niveau national, Rachel PICARD vient d’être nommée à la tête de OUISNCF (TGV/Ouigo/Ouicar). Les évènements s’accélèrent, la vente à la découpe est lancée. Alors les parcours professionnels, la fin de la mixité dans les roulements, les notations, les temps partiels, tout cela, si c’est la vie des agents, ne pèse hélas pas chère face au projet de vente à la découpe de la SNCF. Sans oublier les ASCT qui vont très rapidement se retrouver dans cet établissement OUIGO, qui, à n’en pas douter, regroupera également très prochainement les ADC OUIGO.

Le temps n’est donc pas à la négociation mais à la construction d’un rapport de force.

Lancry : une victoire qui doit en appeler d’autres.

Il n’y a pas moins de cheminots en gare de Lyon, c’est juste qu’ils ne sont plus embauchés par la SNCF, mais par des prestataires de services (Itrémia/Lancry…). Le cas de Lancry est  éclairant à plus d’un titre. Voilà des agents de prévention payés 1200 euros par mois, travaillant en horaires décalés qui sont plus d’une centaine sur les gares de Bercy et Lyon. En théorie, il leur est demandé d’assurer la sécurité des gares, sauf que dans les faits : 80% de leur travail consiste à renseigner les voyageurs, à faire des missions d’accueil, à être devant les portiques d’entrée, dans les boutiques de vente, lorsqu’ils n’assurent pas les missions de l’unité gare à Bercy.

Alors ces nouveaux cheminots payés au rabais se révoltent de temps en temps, surtout lorsque leur chef les harcèle du soir au matin, c’est ce qu’ils ont fait ces derniers jours, la mutation du chef de site en est le résultat et une victoire pour eux.

Ce n’est pas en demandant à certains cheminots de remplir une fiche les dénonçant que la direction les motivera un peu plus.

Qu’il y a-t-il dans cette fiche : « les chaussures de ville  sont-elles propres/ l’agent dispose-t-il d’une radio (lorsque l’on sait qu’il y en a 20 pour 100 agents)/ « l’agent ne mange pas, ne mâche pas ». Ce questionnaire est absolument  scandaleux. Franchement triste méthode, triste SNCF, triste management. Alors si la direction croit qu’avec ce type de méthode elle va remettre de la sérénité à Lancry, c’est bien mal connaître les salariés de Lancry et SUD-Rail.

La direction ne peut pas jouer avec le droit de grève.

A peine après avoir perdu un important procès sur la mauvaise application des DII (Demande Individuelle d’Intention), la direction décide d’élargir cette contrainte à 26.000 cheminots supplémentaires. Pourtant la cour d’appel de Paris, dans son jugement du 27 octobre, a mis le doigt sur les dérives de la SNCF au sujet du droit de grève. En effet, en réaffectant les grévistes lors des conflits, la direction était hors la loi. Si la loi permet de réaffecter les non-grévistes, la direction n’avait pas le droit de toucher au repos journalier des grévistes. Par ailleurs combien d’agents se sont déclarés en grève bien avant l’heure à laquelle ils auraient dû le faire, leur faisant perdre bien plus d’argent que prévu ! Quel remboursement a prévu la direction pour ces agents volés ! Aucun bien entendu.

Enfin depuis le 1er novembre, plusieurs milliers de cheminots sont maintenant soumis à DII 48h avant leur prise de service. Au TSEE, les agents passent par une plateforme téléphonique « Market en or » afin de se déclarer en grève. En dehors de l’aspect choquant d’être obligé de passer par une entreprise privée pour se déclarer en grève, bien souvent cette plateforme est injoignable, lorsqu’elle ne vous rappelle pas une fois seulement le délai de 48h passé. Sans compter que Market en or est injoignable de 20H à 8h du matin.

La fédération SUD-Rail a lancé une procédure juridique (que nous espérons rapide) au tribunal administratif de Montreuil pour annuler cette augmentation de cheminots soumis à DII. Car nous savons que derrière ces restrictions du droit de grève se cache le projet de casse sociale généralisée pour 2018.

Enfin comment ne pas parler des déclarations de l’UTP sur la remise en cause des droits de retrait ainsi que des préavis longue durée. Allons quoi, il y aurait trop de droits de retrait et de grévistes en France ?! Les chiffres disent pourtant l’inverse. Combien de collègues molestés sans aucune réaction, comme si cela était normal. Au moment où le droit de grève s’exerce peu, l’UTP a le culot de demander encore plus de frein à l’exercice de celui-ci.

Instauration d’un jour de carence dans la fonction publique et pour les régimes spéciaux

Dans la nuit du 20 au 21 novembre, les députés ont voté l’instauration d’un jour de carence dans la fonction publique et pour les régimes spéciaux. Actuellement, les cheminots ont déjà 4 quarts de solde qui leur sont retirés sur leurs 4 premiers jours d’arrêt maladie ( équivalent à 1 journée complète) si d’aventure cette nouvelle règle venait à s’appliquer, les cheminots pourraient se retrouver à 1 journée 3/4 de carence sur les 4 premiers jours d’arrêt.

Pourtant, une étude de l’Insee pointait une semaine avant, les limites de celui-ci,  notamment pendant la période instaurée dans la fonction publique du 1er janvier 2012 au 1er janvier 2014. En effet, cette étude pointait bien une baisse de 50% des arrêts de courte durée, mais une hausse de 25% des arrêts de longue durée, ce qui en moyenne ne faisait pas varier le pourcentage d’absentéisme dans la fonction publique. Par ailleurs, avec l’instauration des mutuelles obligatoires en 2013, les ¾ des salariés du privé bénéficient bien d’un remboursement de leurs trois jours de carence.

Après une troisième année blanche en 2017, la CSG va augmenter de 1.7 point au 1 janvier 2018.

La dernière augmentation générale des salaires pour l’ensemble des cheminots remonte au 1er juillet 2014 soit il y a plus de 40 mois, et pourtant nous ne savons toujours pas si  l’augmentation de 1,7 point de la CSG au 1er janvier 2018 sera compensée. Alors si notre  cotisation chômage de 1% va bien disparaître, il reste encore 0,7 point à compenser. À 1 mois de sa mise en place, nous n’avons aucune nouvelle. Pourtant dans le privé une baisse de 2,25 points de l’assurance chômage et maladie au 1er janvier est prévue qui sera complétée d’une baisse de 0,9 point au 1er octobre. Pour les salariés du privé cela correspondra à une hausse de 1.45 point de leur pouvoir d’achat.

Pour les cheminots, mais plus généralement pour tous les agents au statut des entreprises publiques cela sera au mieux une stagnation de notre salaire. Où est l’équité la dedans ?

Sans oublier les retraités dont la pension est supérieure à 1394 euros nets qui n’auront aucune compensation prévue et donc une baisse de 1.7 point de leur pouvoir d’achat.