Luttes Sociales : Octobre 2018

Inoui et Ouigo : derrière les slogans, la douche froide !

Inauguration de Ouigo le 11 septembre et de Inoui le 20 septembre, la rentrée médiatique de la SNCF bat son plein. Mais derrière le lancement de ces trains Oui-Oui, se cache une réalité peu reluisante pour les voyageurs comme pour les cheminots.

Les portiques d’entrées laissent des dizaines de voyageurs tous les jours sur le quai. Le goulot d’étranglement créé par le passage des portiques, combiné à la fermeture de l’accès au quai 2 minutes avant le départ du train a fait exploser le nombre de voyageurs loupant leur train. Les ASCT et les agents d’accueil en font les frais. En effet les voyageurs ayant raté leur train se tournant vers les cheminots de terrain. C’est également la fin du métier d’ASCT.
La SNCF va supprimer de nombreux trains TGV sur l’axe Sud-Est au changement de service de décembre. Moins 2 A/ R sur les Paris/ Annecy, 1 A/ R en moins entre Paris et St Exupéry (Lyon), 1 A/R en moins sur les Paris/Grenoble, 1 A/R en moins sur les Paris/Nice. Soit un total de 5 A/R en moins au prochain SA 2019. La direction se prépare à l’ouverture à la concurrence et donc supprime progressivement les TGV pas suffisamment « rentables ». Mais cette baisse de charge TGV c’est moins de travail pour les cheminots.
Les guichets SNCF vont disparaître des gares. Suppressions de 16 guichets en gare de Lyon au 1er septembre 2018. Pour les usagers, cela augmente les temps d’attente pour acheter leur billet. Mais c’est aussi un véritable plan social des agents du commercial.
Les TGV vont rouler de 10 à 12 heures demain contre 6 à 8 heures aujourd’hui. Cela entraînera fatalement une augmentation des pannes sur les TGV et donc des galères supplémentaires pour les voyageurs. Mais cela va se traduire par la suppression de 350 postes en 4 ans au TSEE dont 92 dès 2019. Pour les agents du site de Conflans, le travail de nuit est devenu leur seul horizon.

CSE : attention plan social chez les délégués du personnel.

Le 6 septembre SUD-Rail et la CGT contestaient la décision de la DIRECCTE (inspection du travail) au tribunal d’Instance de St Denis sur le découpage et le nombre de CSE pour les prochaines élections professionnelles. En effet, la direction propose 33 CSE préfigurant la future privatisation de la SNCF. SUD-Rail réclame 218 CSE, soit un CSE par établissement. Dans un contexte de diminution du nombre de représentants du personnel avec la fusion des IRP, il nous semble que l’établissement est le périmètre le plus pertinent pour le découpage des futurs CSE (proximité, connaissance du secteur…). Le jugement du Tribunal d’Instance sera rendu le 11 octobre. Quoiqu’il en soit, nous avons d’affreux doutes sur le fait que la baisse du nombre d’élus CE, DP et membre CHSCT soit compensée par le nombre d’élus CSE et RPX (nous passons de 6150 élus CE/DP et membre CHSCT à 884 élus CSE). Nous allons donc sûrement subir un plan social chez les élus du personnel. Par contre une chose est sûre c’est que le nombre de réorganisation va lui augmenter. Moins d’élus pour plus de réorganisations voilà ce qui nous attends avec la mise en place des CSE !

Tous en grève le 9 octobre !

Il est important que les cheminots prennent leur part dans l’action interprofessionnelle du 9 octobre. En effet, le 10 octobre JC-DELEVOYE, le monsieur retraite du gouvernement recevra les organisations syndicales sur ce sujet au combien explosif. Il est triste de voir que les retraites, l’une des rares garanties données par le gouvernement dans le sac à dos social des cheminots transférés aux entreprises privées, doivent déjà être mis à mal par le gouvernement. Mais il est vrai que les promesses n’engagent que ceux qui y croient et que sur ce sujet, nous avions de sérieux doutes sur l’honnêteté de cette promesse.

Fin des régimes spéciaux, fin des pensions de réversion, mise en place d’un système par point, qui n’est autre que le remplacement d’un système à prestations définies par un système à cotisation définie (Dans l’un des cas vous avez une garantie sur le montant de votre pension de retraite, dans l’autre, c’est-à-dire celui à point, vous n’avez aucune garantie sur votre pension retraite laquelle dépendra de la valeur du point en permanence remise en cause). Voilà pourquoi SUD-Rail appelle à la plus grande unité syndicale sur ce sujet. Le maintien du système des retraites par répartition
demandent l’union de toutes les organisations syndicales, à commencer par celles des cheminots.

La SNCF privatise sa filiale ICF Novedis.

Le parc de logement SNCF est passé de 82.298 logements en 1996 à 33.660 en 2017 soit une baisse de 59% en 21 ans. Seuls 12% des cheminots occupent un logement SNCF.
Résultat des courses la majorité des logements SNCF sont aujourd’hui occupés par des non cheminots. Il faut dire que la SNCF a filialisé dès 2006 son parc de logements. Faire du logement pour les cheminots n’est clairement plus la priorité de la SNCF. Pourtant des milliers de cheminots ont du mal à se loger ou sont mal logés. Pourtant des milliers de cheminots occupent des logements dans le parc privé et aimeraient bien bénéficier d’un logement SNCF. Pourtant des milliers de cheminots trouvent qu’ils payent un loyer trop cher. Pourtant les médias nous ont expliqué ce printemps que la SNCF faisait bénéficier de logement à ses salariés. ICF Novedis, la filiale logement qui s’occupe du parc libre, va vendre 128 immeubles pour un montant de 1.4 milliard d’euros d’ici la fin de l’année. C’est donc bien une privatisation d’une partie importante du parc de logement SNCF qui va être faite. Ils seront vendus à un consortium détenu à seulement 20% par ICF Novedis, le reste étant des fonds de pension de retraite public ou privé et la caisse des dépôts. Voilà ce qu’écrit le rapport Degest à ce sujet : « il est intéressant à ce titre de noter que le parc cheminot va ainsi servir à financer les retraites des agents de la fonction publique et la caisse des dépôts… ». La caisse des dépôts, actionnaire à 100% de Transdev, concurrent de la SNCF dans le transport ferroviaire. Les cheminots en payant leur loyer à ICF Novedis vont enrichir les caisses du futur concurrent de la SNCF…
Et pour les salariés d’ICF Novedis et bien un nouveau plan social les attend. En effet alors qu’ils étaient 275 salariés en 2013 ils devraient être plus que 70 en 2024.
Enfin pour les 2% de cheminots hébergés par ICF Novedis aucune garantie du maintien du niveau des loyers, il est d’ailleurs fort à parier que les fonds de pensions demandent des taux de rentabilité incompatibles avec des loyers modérés…

Caisse de grève

Lors du dernier conflit à la SNCF, une centaine d’intellectuels, artistes, philosophes, ont lancé une caisse de grève alimentée via le système de cagnotte Leetchi. Cette caisse de grève a été ouverte le 23 mars, lendemain de la grande manifestation du 22 mars pour être fermée le 8 août. En 4 mois plus de 31 mille personnes ont donné 1,267 millions d’euros. Un peu plus de 12.000 cheminots grévistes en ont bénéficier.
Pour cela il fallait avoir fait au moins 4 jours du calendrier et donner ses pièces justificatives à un syndicat lequel remontait les dossiers à l’association créée afin de gérer cette masse d’argent. Nous regrettons que l’association qui gérait la caisse ait, par souci de rapidité dans leur soutien au mouvement, attribué des sommes trop importantes dans un premier temps. L’association n’avait pas anticipé un tel succès, ce qui l’a obligé à baisser les sommes par jour de grève dans un second temps, puis une fois les caisses vides de ne plus pouvoir donner d’argent aux derniers grévistes demandeurs. Ce qui fait que tout le monde n’a pas touché la même chose et que ceux ayant fait les dossiers plus tard n’ont pas eu de chèque du tout.
C’est une grosse critique que nous faisons dans la répartition de la caisse de grève. Elle n’en demeure pas moins un bel élan de solidarité qui aura profité à plus de 12.000 grévistes. Jamais une telle somme n’avait été dégagée afin de soutenir financièrement un mouvement de grève. Cela montre la sympathie de notre mouvement dans une frange importante de la société. Cela monte aussi qu’en dehors des sondages qui montraient que notre mouvement n’était soi-disant pas populaire, des gens nous soutenaient et étaient même prêt à nous donner de l’argent.