Situation alarmante de Bombardier Transport France

SUD et la CGT, syndicats dans l’entreprise de fabrication de trains à Crespin, souhaitent informer le plus largement possible de la situation gravissime dans laquelle est Bombardier et nous pousse aujourd’hui à en alerter les pouvoirs publics.

En effet, la gestion catastrophique de la direction du groupe met en danger le site de Crespin, en prenant l’entreprise comme « vache à lait » pour renflouer les pertes d’autres activités et à des fins de profits financiers, quitte à casser les outils de travail pour privilégier avant tout les fonds de pensions Québécois aujourd’hui actionnaire à hauteur de 30 % de notre entreprise, nous représentions 12 % des bénéfices du groupe Bombardier en 2018 (Aéronautique et transport réunis).

En ayant une stratégie uniquement financière et non industrielle, les conséquences sont désastreuses, notamment sur une multiplication des problèmes de non-qualité en France, ainsi que des retards et des pénalités induites.

Le non-paiement de nos fournisseurs entraîne le refus de livraisons des pièces nécessaires à l’accomplissement de notre travail créant des conditions de travail déplorables et des rattrapages hors « process normal », des heures supplémentaires et une flexibilité galopante des salariés qui n’ont plus de vie familiale et personnelle. Ce sont les salariés qui paient encore une fois les choix catastrophiques de la direction.

L’entreprise par le biais d’un membre de la direction a menacé de ne pas payer les salaires, contraire au droit du travail, si les trains n’étaient pas sortis à la date prévue exerçant une véritable « prise en otage » des salariés.

Cette situation prouve encore que le ponctionnement financier exercé par le Groupe Bombardier est chaotique et destructeur. Sans parler des risques psycho-sociaux provoqués chez les salariés (RPS) de toutes catégories sociaux professionnelles de plus en plus inquiets et préoccupés de la situation de notre site.

Entre l’annonce en CCE (comité centrale européen) portant sur des intentions de suppression de 500 postes cadres, ingénieurs et indirects dont 68 postes sur notre site de Crespin sans détail, la réponse de notre direction qui prétend ne pas avoir eu connaissance d’une telle annonce que le jour du CSE alors que notre Directeur RH participe aussi bien à la réunion du CCE que celle du CSE nous laisse perplexe.

Petra Angstmann a déclaré que son “intention” est de réduire le nombre d’employés de BT de 40 000 à 35 000. Nous comprenons que ces effectifs ne sont pas seulement des employés de BT mais également des employés temporaires et des consultants. Elle a également déclaré que l’objectif est d’atteindre 37 927 d’ici la fin du deuxième trimestre. Ce n’est donc pas une intention, c’est déjà décidé. Nous nous demandons si notre Direction a encore le pouvoir de décision où sont-ils de simples prestataires de service qui ne gère plus rien du tout et exécute les mauvaises décisions prises par le Groupe !

L’annonce faite dans nos ateliers de production de la non-reconduction de près de 180 contrats intérimaires d’ici à fin juillet qui sont pourtant primordiaux à la réussite de nos objectifs de livraisons est très inquiétante et a vu l’émergence d’une grève spontanée des salariés et intérimaires de l’aménagement.
Seront-ils vraiment renouvelés pour notre reprise d’activité le 19 aout ? Nous n’avons eu aucun engagement concret de la part de notre Direction sur ce sujet à ce jour.

Les non-paiements récurrents de plusieurs millions d’euros de factures chez nos fournisseurs menacent nos fournisseurs de difficultés financières et économiques, avec ces conséquences sociales sur l’emploi en général de tout le secteur ferroviaire si Bombardier continue à leur faire défaut. Le non-paiement de notre fournisseur d’EPI entraine en plus des risques sécuritaires inacceptables. Sans compter là encore les pénalités dues à ces impayés par nos fournisseurs, cumulées aux pénalités de nos clients (livraisons tardives) ou à l’insatisfaction de la qualité de nos produits. Trop c’est trop !

Bombardier Crespin subit la restructuration catastrophique d’un Groupe qui avait décidé en 2015 de tous miser sur l’aéronautique et revient aujourd’hui visiblement à ces premiers amours le ferroviaire sans en mettre de véritables moyens pour réussir ces ambitions. Les choix stratégiques opérés sont en lien avec notre situation actuelle, les salariés et les syndicats CGT et SUD exigent des réponses à leurs inquiétudes légitimes et une réaction de notre groupe et de notre direction. Nous avons besoin de remporter des appels d’offres vitaux pour l’avenir et la pérennité de Crespin. Il faut nous donner les atouts nécessaires pour remporter ces appels d’offres.

La fiabilité de nos produits sont la preuve que quand on nous donne les moyens nous réalisons d’excellents produits (Franciliens). Nous possédons le sérieux, le professionnalisme et le savoir-faire pour construire encore d’excellents produits alliant haute technologie et haute performance qui feront la grande satisfaction de nos clients et des usagers. Si le groupe entend vraiment nous en donner les moyens .

Au final c’est bien l’argent des contribuables qui devrait servir en même temps à l’amélioration des transports publics en l’ile de France comme dans plusieurs régions Françaises et qui devaient créer 200 à 250 emplois comme l’a annoncé notre président de Bombardier Transport France Laurent Bouyer dans capital.fr en Mai dernier qui est remis en cause.

Qu’attend le gouvernement pour prendre ses responsabilités devant la casse de l’industrie en France, Valérie Pécresse, présidente de la région IDF, tout comme Xavier Bertrand président de la région Haut de France lors de leur dernière visite sur notre site en février dernier. Tous deux avaient mis en avant la création d’emploi que génèrent leur prise de commande. Vont-ils agir en constatant que c’est tout le contraire qui se produit ?

Si la décentralisation a été au final une remise en cause de l’égalité entre territoires, il faut que les responsables politiques nationaux et régionaux, donneurs d’ordres et clients exigent de Bombardier des réponses et engagements puisque Bombardier vit de l’argent public, à savoir celui de nous tous et toutes.