ORPEA : sévices et bénéfices, gouvernements complices !

7 Fév 2022

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Cque-2022-02-07-ORPEA

Le gouvernement découvre ?

Depuis la sortie du livre de Victor Castanet « Les Fos-
soyeurs », le gouvernement donne l’impression de tout dé-
couvrir. C’est tout à fait comme lors des publications des

scandales financiers dévoilés par le Consortium International
des Journalistes d’Investigation (SwissLeaks, LuxLeaks,
Panama Papers, etc.) : le gouvernement découvre la chose, il
ne savait pas que tout ceci pouvait exister, qu’il y avait des

paradis fiscaux, et que les très riches en profitaient
pour ne pas payer d’impôts, mais des enquêtes
vont être rapidement menées, et, si c’est confirmé,
les choses vont changer. Là, nous avons entendu
Olivier Véran, le ministre de la Santé, déclarer
« Nous ferons preuve de la plus grande sévérité ». Bigre,
le CAC 40 tremble !

Difficile de croire qu’il ne savait pas !
Il est difficile de croire Madame Bourguignon, ministre chargée
de l’autonomie, quand elle nous dit qu’elle ignorait que tout ceci
soit possible. Monsieur Emmanuel Macron est Président de la

République depuis mai 2017. D’avril 2017 à juillet 2017, les sala-
rié.e.s de la maison de retraite « Les Opalines » de Foucherans,

près de Dôle, dans le Jura, ont fait une très longue grève (117

jours). Au moins, le Préfet du Jura a fait son rapport. Et le gou-
vernement a fait comme font les gouvernements quand ça branle

dans le manche : pour répondre aux questions des parlementaires
de l’opposition, pour calmer les citoyennes et les citoyens, on met
en place des commissions d’enquêtes. Et, le 13 septembre 2017,
Madame Monique Iborra, vice-présidente de la Commission des
Affaires sociales de l’Assemblée Nationale et députée LREM, a
rendu son rapport concernant la mission « flash » menée en août

  1. Elle y signalait des sous-effectifs en personnel et des condi-
    tions de travail difficiles, le tout pouvant conduire à une « mal-
    traitance institutionnelle ». Ses préconisations étaient habituelles :

un groupe de travail sur la tarification et un autre sur les condi-
tions de travail et l’organisation des établissements.

Donc, difficile de prétendre qu’on ne savait
pas. D’autant plus que, le 19 octobre 2017,
une enquête de « Pièces à conviction », sur
France 3, informait largement, à partir des
témoignages, notamment des personnels de
l’EHPAD de Foucherans, sur l’insuffisance

des effectifs, la sur-occupation des établisse-
ments, le rationnement de la nourriture, des

produits d’hygiène, des couches. Déjà il était

dit que certains groupes multiplient les éco-
nomies souvent sordides et que les machines à

business fonctionnent au détriment du bien
être des résidents et des personnels. Lors du
débat qui a suivi le reportage, Madame Agnès
Buzyn, la ministre des Solidarités et de la
Santé de l’époque, a, elle aussi, dit découvrir
la chose. Bien entendu, elle a montré que le
gouvernement agit et qu’il améliore ce qui ne
va pas.
Il n’est pire sourd et pire aveugle que celui qui ne veut ni entendre ni voir
Le 30 janvier 2018, toutes les organisations syndicales

des personnels des EHPAD et de l’aide à domicile ap-
pelaient à une journée de et d’action. Et les 9

organisations de retraité.e.s appelaient à soutenir ces
initiatives et à participer aux manifestations. À
l’époque, l’ soulignait que le manque de moyens
attribués au secteur public (en l’occurrence les EHPAD
publics) est une façon de renforcer le « marché » ouvert
aux capitaux privés pour y investir et y faire des profits.
La mobilisation réussie ne fut pas suffisante pour que la

ministre, Madame Agnès Buzyn, et le gouvernement
s’engagent dans une politique différente : de fait, l’or

gris devait rester un secteur à rentabilité pour les inves-
tisseurs. À la même époque, l’ invitait les per-
sonnes concernées à s’adresser au groupe KORIAN, en

montrant que les conditions de travail dégradées des
personnels, en établissements comme à domicile, ont

des conséquences directes et immédiates sur les condi-
tions de vie des personnes âgées qui ont besoin de leurs

services.

Ce qui éclate une nouvelle fois au grand jour, c’est l’hypocrisie des gouvernements
La première complicité des gouvernements, c’est quand

ils refusent d’investir dans les EHPAD publics, en met-
tant en avant l’insuffisance des moyens budgétaires dont

ils disposent. Mais cette insuffisance, c’est eux qui
l’organisent, par leur refus de taxer les très hauts revenus
et patrimoines et par leur laxisme à l’égard de la grande
fraude, etc. Et, quand ils décident d’ouvrir largement ce

secteur aux capitaux privés, ils acceptent que la re-
cherche de la meilleure rentabilité des capitaux

l’emporte sur le souci de la qualité de vie des résidents,
de leur dignité, sans parler des conditions de travail des

salarié.e.s. Quand ils n’attribuent pas aux EHPAD pu-
blics les moyens nécessaires à leur bon fonctionnement,

ils choisissent, de fait, que s’y installe une maltraitance
institutionnelle. Les directeurs des établissements
« font comme ils peuvent », c’est-à-dire « comme le
veulent les actionnaires », dans le privé, et, dans le

public, conformément aux normes comptables et bud-
gétaires résultant des règles mises en place par Juppé,

Sarkozy-Fillon et Roselyne Bachelot, notamment.
Ensuite, quand des « contrôles » existent, c’est plus sur

le papier qu’en réalité, car il ne faut pas gêner les en-
treprises et, là aussi, il s’agit de faire des économies et

le candidat ou la candidate à la présidentielle qui pro-
met la plus grande suppression d’emplois de fonction-
naires sera la personne « élue » par les marchés !

La duplicité des « responsables » est entière
Car ils refusent d’assumer devant le grand public les
conséquences directes de leurs choix politiques. Il est à
craindre qu’une fois encore, tout ceci se terminera par de
nouvelles commissions d’enquêtes, en fonction du temps
pendant lequel les familles vont pouvoir continuer de
maintenir la pression, par leurs révélations et, peut-être,
leurs dépôts de plainte. Ce qui est nouveau, c’est que ce
livre contient de nombreux témoignages qui semblent
avoir libéré la parole des familles, des personnels, de
cadres, voire d’anciens directeurs d’établissements, ce qui
fait durer la vague médiatique et fait pression sur les

pouvoirs économiques et politiques. Car le gouverne-
ment continue d’ignorer tant les professionnels du sec-
teur que les organisations syndicales. Il est possible que

d’autres personnes « sautent », que des fusibles soient

lâchés, pour sauver l’essentiel : l’organisation du mar-
ché. Déjà nous entendons des activistes du marché

soutenir qu’il faut faire confiance au marché pour régu-
ler cette situation : la valeur de l’action ORPEA va

baisser, ce qui va entraîner les actionnaires à modifier
leur politique pour que leurs établissements accueillent
des résidents et refassent des bénéfices. Il faut donc
remonter aux lois et décrets qui permettent tout ceci,
voire qui l’organisent. Il serait inadmissible qu’une fois
encore ceux qui sont à l’origine du problème soient
ceux qui seront chargés de le régler.

La violence de tels choix est souvent d’un tout autre niveau que les incivilités dont nous abreuvent les médias

Violence à l’égard des personnes elles-mêmes, per-
sonnes à qui on refuse toute dignité jusque dans les

actes les plus quotidiens de la vie, violence à l’égard des

familles qui n’osent pas intervenir de crainte de repré-
sailles sur la personne résidente; violence à l’égard des

personnels qui font de leur mieux et à qui sont imposées

de telles conditions de travail et une telle déconsidéra-
tion du métier et qui craignent des mesures de rétorsion

suite à la moindre remarque ou demande; violence à
l’égard des syndicalistes qui sont niés et jamais écoutés

ni entendus; violence à l’égard de l’ensemble de la popu-
lation qui constate que ce sont celles et ceux qui sont

responsables de cette situation qui sont chargés de la
régler !
Il est manifeste que notre société doit décider de ses priorités :

  • Continuer à fonctionner pour que les plus riches

soient encore plus riches, en accaparant et en concen-
trant des revenus, des fortunes et des patrimoines tou-
jours plus importants (certains journaux nous ont ré-
vélé les « salaires » des dirigeants d’ORPEA et les

opérations boursières qu’ils viennent encore
d’opérer).

  • Mettre la vie, la justice et la solidarité en priorités, et
    se donner les moyens démocratiques pour y parvenir.

L’ opte pour cette orientation générale à don-
ner à notre société, ce qui signifie qu’il faut prendre des

choix radicalement différents de ce qui est fait depuis

des décennies. En effet, ne serait-ce qu’une forte amélio-
ration des effectifs dans les EHPAD, publics et privés,

et dans les services d’aide à domicile, implique déjà un
autre partage des richesses. Tout comme l’amélioration
de la formation et de la rémunération des personnels, la
prise en charge à 100 % de la perte d’autonomie par la

Sécurité sociale, la mise en place d’un grand service
public de l’autonomie, la diminution significative du

reste à charge en considérant déjà que les amortisse-
ments immobiliers ne doivent plus être retenus pour le

calcul du tarif hébergement, etc. Ca veut dire, par
exemple, qu’il faudra sortir des traités commerciaux

bilatéraux et multilatéraux signés dans le cadre de l’Or-
ganisation Mondiale du Commerce (OMC) qui font

primer le droit et la liberté d’entreprendre sur tous les
autres droits et toutes les autres libertés. Il faudra aussi
mettre en place des contrôles effectifs pour l’ensemble

des EHPAD, contrôles effectués par des agents dispo-
sant de l’autonomie d’action dans une structure indé-
pendante des professionnels contrôlés, probablement

rattachée au ministère de la Justice. Et il faudra enfin
repenser le principe même des EHPAD et aller vers une

diversité de réponses répondant à la diversité des be-
soins et des demandes.

Avec la campagne électorale déjà engagée, les promesses électorales vont, de nouveau, fleurir. Les personnes retrai-
tées membres de l’Union syndicale Solidaires ne s’en satisferont pas. Elles seront encore présentes, pendant et au len-
demain des élections, tout comme elles l’ont été durant tout le quinquennat d’Emmanuel Macron.

Entre la Bourse et la Vie, nous choisissons la Vie

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