Argumentaire contre le recul de l’âge de départ en retraite

17 Juin 2022

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Le Président Macron a annoncé le recul de l’âge légal de départ en retraite de 62 à 65 ans et il a fait préciser
que cela « se fera progressivement, à raison de quatre trimestres par an pendant neuf ans et que les métiers
particulièrement usants, les carrières longues obéiront à l’âge légal de 62 ans et que les
pourront partir à 55 ans ». Si le recul commence en 2023, il sera achevé en 2032.
Le Président Macron avance plusieurs arguments :

  • « Nous sommes dans une société qui vieillit, il est donc normal, surtout compte tenu de la nature des comptes

publics, que nous travaillions plus ». Pour lui, il faut travailler plus longtemps parce que le nombre de per-
sonnes âgées augmente et parce qu’il faut dépenser moins pour les retraites.

  • L’obligation de ne pas augmenter les dépenses de retraite (malgré l’augmentation du nombre de personnes
    en retraite) et, de façon contradictoire, il explique que les économies sur les permettront d’améliorer
    les pensions (les 1 100 € pour une carrière complète) et payer l’aide à l’autonomie.
    Le Président Macron veut reculerl’âge de départ en retraite, ce qui va susciter des réflexions, des mobilisations.

Cette fiche a pour objectif de lister et de contester tous les (faux) arguments avancés par E. Macron et le gou-
vernement. Ces éléments alimenteront nos publications ultérieures.

La société vieillit ?
Selon le document de la DREES d’octobre 2021
(https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2021-10/ER1213.pdf) :

  • Certes, l’espérance de vie à la naissance continue de progresser, signe des progrès de la médecine et de
    l’hygiène. Depuis 1994, elle est passée de 81,8 ans à 85,4 ans en 2014 pour les femmes et de 73,6 ans à 79,7
    ans en 2019 pour les hommes, même si elle régresse légèrement depuis pour les femmes (85,1 ans en 2020)
    et pour les hommes (79,1 ans).
  • Certes, l’espérance de vie à 65 ans (notion plus importante que celle à la naissance pour une personne de
    l’âge de la retraite) augmente légèrement à long terme, même si elle connait un palier depuis 2013 et baisse
    en 2020 à cause de la pandémie.
  • Certes, l’espérance de vie à 65 ans sans incapacité augmente un peu plus, d’environ 2 mois par an ces 12
    dernières années. En 2020, à 65 ans, un homme peut espérer vivre 10,6 ans sans incapacité et une femme
    12,1 ans. L’espérance de vie à 65 ans sans incapacité sévère atteint 15,7 ans pour les hommes et 18,1 ans
    pour les femmes.

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Autre élément du dernier rapport de l’Insee basé sur les calculs d’Eurostat : l’espérance de vie sans incapacité

(à la naissance) était en 2020 de 65,9 ans pour les femmes et de 64,4 ans pour les hommes. Les personnes au-
dessus de ces moyennes ne profiteront pas vraiment leur retraite, en partant à 65 ans.

À 65 ans, combien d’années d’espérance de vie ?

Mais la question essentielle, pour une personne en retraite et pour les dépenses de retraite, con-
cerne le nombre d’années passées en retraite.

Et là, la baisse est flagrante, les contre-réformes
passées ont déjà grignoté les gains d’espérance de

vie, ont réduit le nombre d’années passées en re-
traite, ont fait perdre les meilleures années de re-
traite dont on peut profiter en étant encore en

bonne santé.
Les causes sont connues :

  • La loi Fillon II en 2010 sous Sarkozy a sup-
    primé 2 ans de retraite, en repoussant progres-
    sivement l’âge légal à 62 ans, ce qui s’est appli-
    qué totalement en 2017. Elle a aussi repoussé

l’âge de suppression de la décote de 65 à 67 ans.

  • La loi Touraine – Hollande de 2014 augmente
    progressivement le nombre de trimestres de
    cotisations requis pour une retraite à taux

plein, d’un trimestre tous les trois ans : la géné-
ration 1973 doit 43 ans de cotisations, un di-
plômé de master II travaillant à 23 ans aura sa

retraite complète à 66 ans. Le même diplômé
né en 1981 partira à 67 ans.

Cette régression sociale a été mesurée dans le scéna-
rio central du COR. La durée de vie moyenne à la re-
traite s’est raccourcie depuis la génération 1949, par-
tie à 60 ans en 2009, avec l’espoir de passer 27,5 ans

(femme), 23,8 ans (homme) en retraite. La génération
1955, partie à 62 ans en 2017, passera 26,2 ans
(femme), 22,7 ans (homme) en retraite, elle a déjà

perdu plus d’un an de retraite à cause des contre-ré-
formes, le recul de l’âge de départ de 2 ans et l’allon-
gement de la durée de cotisation ont été plus impor-
tants que l’augmentation de l’espérance de vie. Les

générations 1969 et 1970 pouvaient espérer vivre en
retraite 26,1 ans (femme), 22,8 ans (homme) soit
aussi longtemps que la génération 1955.
Mais Macron leur promet une diminution du
temps de retraite, 24,6 ans (femme), 21,3 (homme)

soit une perte supplémentaire d’un an et demi en re-
traite !

Cette inadmissible régression sociale créée une iné-
galité entre les générations.

Générations 1949-50 1955 1969-70
sans Macron

1969-70
avec Macron
Femme 27,5 26,2 26,1 24,6
Homme 23,8 22,7 22,8 21,3
Le recul de l’âge de départ à 65 ans, voulu par E. Macron, replacerait les hommes dans la situation de la
génération 1930, et les femmes dans une génération encore plus lointaine. Le recul de l’âge de départ va
plus vite que l’augmentation de l’espérance de vie. Quarante ans après, l’augmentation de l’espérance de vie
n’aurait pas augmenté la durée de la retraite. Quel recul social !

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L’évolution de l’espérance
de la durée de retraite par
génération apparait sur le
graphique interactif :

https://www.alternatives-economiques.fr/un-age-legal-a-65-ans-reduirait-de-15-an-duree-de-re-traite/00102541.

Voici ce graphique figé.

Trop de personnes en retraite ?
Macron et le gouvernement ne mettent en avant que l’augmentation du nombre de personnes âgées et que la

diminution du nombre d’actifs pour une personne en retraite ce qu’ils traduisent faussement par une diffi-
culté grandissante de dépenser autant pour les retraites.

Il sous-entend que ces évolutions seraient infinies, alors que l’augmentation forte du nombre des retraité·e·s
va s’éteindre progressivement, à cause de la fin du baby-boom d’après-guerre.
Moins d’actifs pour un retraité ?
C’est discutable, ce ratio dépend des politiques de naissances et d’immigration :

  • Le nombre de naissances par femme est passé de 2 entre 2006 et 2014 à 1,87 en 2019, mais la politique de
    la petite enfance n’évolue pas, la plus grande exigence des entreprises au travail et la politique du « travailler
    plus » se concilient mal avec le temps demandé pour l’éducation d’un enfant.
  • L’hypothèse basse de moins de 75 000 migrations par an est retenue par le COR (rapport de juin 2021)
    pour ses projections. La France n’est pas un pays qui accueille généreusement, elle pourrait faire mieux et

ainsi améliorer le ratio actif / retraité·e, d’autant plus qu’il s’agit d’une majorité d’adultes qui peuvent tra-
vailler, cotiser, qui ne suscitent pas de dépenses pour les écoles, les hôpitaux et pas encore pour les retraites.

Le COR (page 115) calcule qu’un
solde migratoire plus faible de 20 000
personnes, les dépenses de retraite
augmenteraient de 0,2 point de PIB en
2030, 0,5 point de PIB en 2050 et 0,7

point de PIB à l’horizon 2070 en rai-
son d’un moindre nombre de coti-
sants. On peut penser, qu’à l’inverse,

au lieu d’avoir en 2070 une part des
dépenses de entre 11,3 et 13
% du PIB, la migration haute (près de

125 000, soit + 50 000 personnes) por-
terait cette part entre 13 et 14,7 % soit

le niveau actuel…

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Mais là aussi, la question essentielle est ailleurs, elle porte sur la productivité, la quantité de travail qu’un
actif doit et peut fournir pour la prise en charge d’une personne en retraite.

La propagande rabâche qu’il serait normal, nécessaire, naturel de travailler plus longtemps alors que la dimi-
nution régulière du temps de travail depuis plus de 150 ans a été l’une des plus grandes conquêtes sociales au

service de la qualité de vie et de la santé des travailleurs/ses. Depuis le début de l’ère industrielle et jusqu’aux
premières mesures régressives des années 1993, le temps de travail a été divisé par deux, en le diminuant sur
la journée (elle était de 12 h en 1848), sur la semaine (70 h en 1909), sur l’année (avec les congés payés) et sur
la vie avec l’interdiction du travail des enfants, le temps des études et la retraite. Dans le même temps, la
productivité horaire a été multipliée par 30 et, malgré la baisse du temps de travail, la richesse produite a été
multipliée par 16 et a permis toutes les avancées sociales. A chaque fois, le patronat a crié à la catastrophe
économique … qui ne s’est jamais produite, au contraire !
Et bien sûr, notre argumentation politique porte aussi sur le chômage (inutile de tenter de laisser les plus
de 60 ans au travail avec tant de jeunes au chômage), sur les conditions de travail et la prise en compte des
pénibilités (voir les éléments en bas de page 6).

Dépenser moins pour les retraites ?
Les dépenses ne sont pas préoccupantes.
Le rapport du COR de juin 2021 montre
l’effet des contre-réformes déjà prises. Sans

réforme, elles auraient augmenté ce qui au-
rait pu être un choix d’une société dans la-
quelle le nombre de retraité·e·s augmentait.

Avec les « réformes », elles sont mainte-
nues, malgré l’augmentation du nombre de

personnes en retraite.
Ce graphique illustre l’effet important de
l’indexation des pensions et des salaires
portés au compte sur les prix et non plus

des salaires et le maintien de la part des dé-
penses dans le PIB en-dessous de 14 %.

Les dépenses de retraite dans le PIB sont programmées à la baisse, sans même avoir besoin de prendre
de mesure supplémentaire.
Le graphique 2.1 ci-contre montre aussi la

forte dépendance à l’évolution de la pro-
ductivité. Les dépenses de retraite ne bou-
gent pas, mais prennent une part crois-
sante dans le PIB lorsque celui-ci pro-
gresse peu (cas du 1 %). A l’inverse, les

dépenses de retraite stables diminuent
fortement en part de PIB lorsque celui-ci
augmente fortement (cas du 1,8 %). De
façon paradoxale, la société pourrait faire

un effort pour les lorsque la pro-
ductivité est forte, mais c’est dans cette

période qu’elle pénalise davantage les re-
traité·e·s. C’est ce qui en motive certains

pour en revenir à une indexation des pen-
sions sur le salaire moyen … moins 1 ou

2 %.

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Un plus grand nombre de personnes en retraite devront se partager une part plus petite de PIB, ce qui diminue
la pension moyenne par rapport au salaire moyen. Le graphique 2.4a du COR en montre l’ampleur.
Macron et le gouvernement n’en sont pas choqués, c’est un moyen de diminuer les dépenses de retraite alors
que le rapport baisse entre les nombres de cotisants et de retraités (graphique 2.4b).

Les comptes ne sont pas mauvais et vont en-
core s’améliorer au détriment des re-
traité·e·s (baisse d’1/3 des pensions et d’1⁄4 du

niveau de vie, taux remplacement à 35 % en

2070) … laissant ainsi de la place au dévelop-
pement de la retraite par capitalisation.

Les projections de juin 2021 du COR à 2070
vont d’un retour à l’équilibre dès 2030 dans
certains scénarios à un déficit constant sur les

cinquante prochaines années. Mais les dé-
penses, exprimées en pourcentage du PIB, qui

ont grimpé à 14,7 % en 2020, devraient reve-
nir, une fois la parenthèse de la crise sanitaire

refermée, à leur niveau pré-Covid, soit 13,7 %,

et s’y maintenir sur la décennie, avant de dé-
cliner à partir de 2030 dans tous les scénarios

du COR.

Macron ne cache pas sa politique « il nous faudra pour-
suivre la baisse des impôts pesant sur le travail et la pro-
duction ». Il veut diminuer l’ensemble des dépenses de

l’État, de la Sécu, … La logique de se priver de nouvelles

recettes et de réduire les cotisations sociales et les d’im-
pôt, laisse prévoir des coupes dans les dépenses sociales,

notamment dans le plus gros poste, les retraites … après
avoir réduit les dépenses sur le chômage, en réduisant les
droits des chômeuses et des chômeurs.
Macron l’avoue en disant que c’est avec les économies

sur les qu’il paiera l’amélioration des petites re-
traites et le financement de l’aide à l’autonomie, en

quelque sorte les carottes pour faire avancer le recul de
l’âge de départ.
Ce qu’il n’avoue pas, c’est sa volonté de faire de la place
aux assurances, à la retraite par capitalisation.

Le retraité n’est ni privilégié ni riche

Les arguments ne sont pas repris ici, ils figurent dans la fiche https://solidaires.org/-NON-a-une-
baisse-des-pensions qui s’appuie sur les données du COR et de la DREES.

Contenu de cette fiche :

  • La part des dans le PIB n’augmente pas.
  • Le niveau de vie des retraité·e·s est inférieur à celui des actifs (chômeurs et salarié·e·s), (comparaison plus
    juste qu’à celui de l’ensemble de la population qui inclut les jeunes sans ressources).

6

  • La pension moyenne des personnes en retraite baisse et cette diminution s’accélère depuis 2013. Cette
    pension moyenne semblait mathématiquement augmenter par l’arrivée en retraite de personnes plus
    riches que celles qui décèdent, mais ce n’est plus le cas depuis 2018.
  • Les retraité·e·s pauvres sont nombreux.
  • Dans 50 ans, les pensions auront chuté d’1/3 par rapport aux salaires et le niveau de vie d’1/4.

Selon le COR, du fait du découplage entre le niveau des pensions et des revenus, la pension brute représen-
tera en 2070 35 % du revenu brut, contre 50 % actuellement. Le niveau de vie des retraités en 2070 pèsera au

plus 80 % de celui des actifs… comme dans les années 1980 !

Le recul de l’âge de départ augmente les inégalités
L’inégalité devant la mort,
l’écart de 13 ans d’espérance
de vie pour les hommes (8 ans
pour les femmes) entre les 5
% les plus riches et les 5 % les
plus pauvres, provoque une
inégalité devant la retraite :

  • Avec un départ à 62 ans,
    25 % des personnes faisant
    partie des 5 % les plus
    pauvres ne profiteront pas
    de leur retraite, ils seront
    morts avant. Et seulement 5
    % des plus riches seront
    dans le même cas.
  • À 65 ans, c’est 32 % des
    pauvres et 6 % des riches
    qui n’auront pas de retraite.

Le recul de l’âge de départ augmente l’inégalité devant la retraite.

L’inégalité sociale.

  • Un départ à 65 ans ne change rien
    pour celles et ceux qui sortent d’études
    à 23 ans, doivent travailler 43 et partir à
    66 ans.
  • Pour un chômeur à 62 ans, c’est 3 ans
    de plus dans la galère, surtout pour les
    21% de chômeurs de plus de 55 ans qui
    sont au RSA. Seulement 20 % environ
    des travailleurs et travailleuses ont un
    emploi à temps complet ou partiel à 62
    ans (COR, juin 2019, figure 1.25). Taux
    d’emploi en 2020 : 73,3 %.des 55-59
    ans ; 33 % des 60-64 ans.
  • Pour un·e salarié·e usé·e par un travail pénible, 3 ans

de plus, c’est s’user davantage et mourir plus tôt. Le re-
port du départ, c’est provoquer une explosion des arrêts

maladie, des départs de l’entreprise, c’est allonger la pé-
riode de survie avec des prestations sociales, les minima

sociaux, la solidarité familiale, c’est attendre plus long-
temps le moment d’avoir le droit de partir en retraite.

Outre ce traitement inhumain, le maintien au travail
prive d’emploi un jeune, dont 9 sur 10 trouve un travail
en remplaçant un·e retraité·e.

  • Celles et ceux qui ont travaillé tôt, souvent dans des
    métiers pénibles, ont une faible espérance de vie à 65 ans
    (6,7 ans).

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À l’inverse, la retraite protège la santé

Une étude des économistes Thomas Barnay et Eric Defebvre (https://hal-sciencespo.archives-ou-
vertes.fr/hal-03621346/document) montre le rôle protecteur de la retraite sur la santé physique et mentale.

Il s’observe chez tout le monde, mais les bénéfices sont les plus visibles pour les hommes non diplômés et
exposés à de fortes contraintes physiques. La probabilité de se déclarer en mauvaise santé diminue alors
de plus de 21 points de pourcentage (20 points chez les femmes) par rapport aux hommes non diplômés

qui ne subissent pas la même exposition aux risques physiques. Même chose pour la probabilité de décla-
rer une dépression chez les travailleurs qui ont été exposés à des risques psychosociaux.

La faible amélioration des comptes des retraites.
De plus, plusieurs études mesurent les conséquences limitées du report de l’âge de départ à 64 ans :

  • Pour le COR (https://www.cor-.fr/node/583), l’amélioration du solde des finances publiques se-
    rait très modeste, entre 0,1 point et 0,14 point de PIB. Le taux de chômage augmenterait de 0,9 point.
  • La Direction du Trésor, très généreuse, pronostique une amélioration du solde des finances publiques de
    0,9 point de PIB en s’appuyant sur une méthode dite « comptable ».
  • Bercy trouve que le solde des finances publiques s’améliorerait de 0,4 point de PIB, à partir d’un autre
    modèle néo-keynésien (Mésange).

Le recul de l’âge dégrade d’autres comptes financiers
L’idée des libéraux, mise en avant par E. Macron, est d’améliorer les comptes des en prolongeant
la durée du travail, ce qui présente théoriquement deux effets complémentaires : augmentation du nombre
de personnes qui cotisent, diminution des pensions à verser.
Cette théorie ne résiste pas à la vraie vie. L’âge moyen de l’arrêt du travail est à peine supérieur à 60 ans,

et 40 % des personnes qui liquident aujourd’hui leur pension sont déjà sorties du marché du travail (chô-
mage, invalidité, minimas sociaux). Les deux tiers des plus de 60 ans déjà en inactivité ne cotisent plus, mais

reçoivent des prestations sociales. Le recul de l’âge de départ ne peut pas avoir que des effets positifs sur les
comptes.

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Laisser les personnes âgées au tra-
vail, au moins celles qui peuvent

encore travailler :

  • C’est augmenter les dépenses des
    minima sociaux, d’arrêts maladie,

de pensions d’invalidité… qui re-
présentent un coût équivalent à 1⁄4

des pensions non versées.

  • C’est se priver de tout ce que la
    personne en retraite encore en
    bonne santé apporte à la société
    de façon bénévole : près de 63 %
    des maires, 37,3 % des conseillers
    municipaux, 27,5 % des conseillers
    régionaux et territoriaux, 41,2 %
    des conseillers départementaux et
    55,8 % des communautaires.
    Et les retraité·e·s président nombre
    d’associations ou en font partie,
    pallie aux insuffisantes prises en
    charge de la petite enfance…

Le recul de l’âge à 64 ans est déjà en route
Selon le COR, les contre-réformes déjà
appliquées, notamment l’allongement

de la durée de cotisation (merci Tou-
raine-Hollande) auront pour consé-
quence de reculer l’âge de départ à 64

ans. La « réforme » Macron n’aurait
pour conséquence « que » de reculer
d’un an supplémentaire et de rendre ce
recul obligatoire au lieu de l’obligation
de partir plus tard pour ne pas subir
une forte décote.

Cela limite fortement les gains es-
comptés.

Quelques améliorations des retraites ?
Pour faire passer sa « réforme », E. Macron met en avant ce qu’il présente comme des améliorations :

  • Aménagements pour travail pénible (mais Macron en a réduit la liste), invalidité, …
  • Prise en compte des carrières longues pour un départ plus tôt.
  • Une pension minimum à 1 100 € pour les nouveaux ayant cotisé 43 ans

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Aménagements pour travail pénible
Emmanuel Macron, dans les faits, a supprimé
en 2017 quatre des dix facteurs de pénibilité qui

permettaient de partir plus tôt en retraite : ma-
nutentions manuelles de charges, postures pé-
nibles, vibrations mécaniques, risque chimique.

À l’inverse, il promet maintenant de revoir le
régime de la pénibilité, la liste de facteurs
d’usure professionnelle qui permettra de partir
plus tôt à la retraite, jusqu’à 55 ans. Il déclare

que cela passe par « des critères plus individua-
lisés », par la mesure de « la fatigue dans le temps

de vie », par exemple en mesurant le nombre

d’années de travail de nuit. Cette individualisa-
tion de la mesure de la pénibilité s’oppose aux

régimes spéciaux qui attribuent le droit de par-
tir plus tôt à certains métiers. Toutefois, elle ne

concernerait que le secteur privé, car les catégo-
ries actives de la fonction publique resteraient

en place.
La pénibilité serait mesurée par la médecine du
travail et la création de trois nouveaux bilans de
santé intégralement remboursés par la Sécurité
sociale, à 25 ans, 45 ans et 60 ans.

Prise en compte des carrières longues
Les « carrières longues », les personnes qui ont
commencé à travailler avant l’âge de 20 ans et

qui peuvent aujourd’hui partir à 60 ans, subi-
ront aussi le recul de l’âge, mais « seulement » à

62 ans, au lieu de 65.

Une retraite au moins à 1 100 euros
Cette promesse n’est pas nouvelle. Elle vient après
la promesse d’une pension minimum à 1 000 € (85

% du Smic net, légèrement inférieur au seuil de pau-
vreté), inscrite dans la loi depuis 2003 mais dont le

décret n’est jamais sorti. Elle fait partie aussi des

promesses présidentielles du Président Macron, ré-
affirmée lors de son allocution du 12 juillet 2021 …

promesse non tenue pendant son premier quin-
quennat. Sera-t-elle tenue cette fois-ci ?

Le rapport Turquois-Causse remis au gouverne-
ment le 10 mai 2021 (à consulter en cliquant ici)

comporte des informations intéressantes, il s’appuie
sur une étude de la CNAV, donc sans tenir compte
des fonctionnaires. La pension brute inférieure à 1
000 euros concerne 5,7 millions de retraité·e·s (37 %

des 15,5 millions) dont 3⁄4 de femmes … mais seule-
ment 1,8 million ont une carrière complète ou quasi

complète (plus de trente années de cotisation), con-
dition imposée par Macron pour avoir droit aux

1 100 €. Ces personnes bénéficieraient (pour at-
teindre 1 000 €) d’une augmentation moyenne de

163 €, ce qui aurait un coût annuel de 2,1 milliards
d’euros.

Le scandale des pensions inférieure à 1 100 €, par-
fois même au seuil de pauvreté après avoir travaillé

toute sa vie, va-t-il disparaitre ? Ce n’est pas prévu
pour les personnes n’ayant pas cotisé pendant 43

ans. Macron la conditionne au recul de l’âge de dé-
part à 65 ans…

Une majorité de la population s’oppose au recul de l’âge de départ.
Un sondage Elabe a demandé à

1 531 personnes ce qu’elles pen-
saient de plusieurs mesures pour

assurer la pérennité du système de
retraite :

  • 70 % s’opposent au recul de l’âge
    de départ,
  • 83 % refusent une baisse des pen-
    sions,
  • et 63 % demandent une augmen-
    tation des impôts ou des taxes

pour les plus aisés.
Cela augure bien des capacités de
mobilisation…

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La retraite à points

Au-delà de ce recul de l’âge, le Président Macron a échoué à mettre en place un système de retraite univer-
sel par points, mais il n’a pas renoncé, il fait dire à Richard Ferrand que ce système à points « n’est absolu-
ment pas enterré », qu’il « faudra continuer à le mettre sur la table, en faisant en sorte, à une date qu’il nous

faudra définir, que les nouveaux entrants sur le marché du travail rentrent dans ce système plus juste et plus
ambitieux ».
Il précise lui-même qu’il faut aller « par la concertation », vers « un système totalement universel porté par
les partenaires sociaux, qui s’autorégule, sur le modèle de l’Agirc-Arrco », modèle qui est un système à
points.

E. Macron a tiré le bilan de son échec d’imposer frontalement son système à points. Il a compris qu’il fal-
lait démobiliser (appliquer les nouvelles règles seulement aux nouveaux salarié·e·s) et qu’il fallait procéder

par étapes :

  • recul de l’âge de départ,
  • fin des rares régimes spéciaux encore en place,
  • calculer la pension des fonctionnaires à partir des meilleures 25 années en intégrant les primes,
  • régime à points.